L’arbre de lune

Il y a très longtemps, au pays du soleil levant, régnait un empereur épris d’art et de poésie. Son poète préféré se nommait Chang Lu et l’empereur exigeait qu’il l’accompagne lors de tous ses voyages. Ce soir là l’empereur, après une visite officielle dans une petite ville de province, entraina une partie de sa suite se promener dans les environs de sa résidence. L’air était chaud et doux en cette fin de printemps et les senteurs de pivoines embaumaient l’atmosphère.

Au détour d’une allée, l’empereur s’arrêta soudainement, frappé par la beauté de la scène qui se trouvait sous ses yeux. Un arbre majestueux, noueux, étalait sa frondaison et semblait l’offrir aux rayons de la lune, qui en retour le nimbait d’une lumière pale.  L’arbre semblait avoir été sculpté par une main délicate dans un bloc d’argent.

L’empereur appela Chang Lu et lui demanda d’immortaliser la beauté de cet instant. Le poète s’exécuta et composa ce qui, d’après la légende, fut l’un des plus poignants haïkus jamais écrit. Il ne connut jamais les conséquences de son oeuvre sur la vie d’une petite fille.

Le lendemain matin, alors que l’empereur et sa suite avait repris leur route, Chih-Nii sortit de la maison en courant et se dirigea vers son arbre préféré. Mais son arbre n’était plus vraiment son arbre. Là où elle pouvait, hier encore, frotter son front contre l’écorce rugueuse, il y avait une matière froide et lisse. C’était beau certes, mais comment pouvait elle grimper sur ses branches maintenant ? Comment pouvait elle sentir sa chaleur ? Elle avait l’impression d’avoir perdu son meilleur ami.

Pendant des mois elle attendit que cette gangue autour de son ami fonde. Tous les matins elle se levait en espérant, et tous les soirs elle se couchait en songeant au réconfort que l’arbre lui avait procuré jadis. Elle était triste et ne jouait presque plus.

Jusqu’au jour où, le cerisier qui poussait à côté de son arbre préféré commença à fleurir. La beauté de ce spectacle emplit Chih-Nii de joie, elle s’approcha du cerisier, et même s’il n’était pas son meilleur ami, elle se mit à lui parler. Et en lui parlant, elle commença à caresser son écorce. Elle n’était pas aussi rugueuse, mais elle pouvait sentir la chaleur du cerisier et cela lui faisait du bien.

Un jour, elle grimpa même dans ses branches, en faisant bien attention de ne pas abimer ses fleurs. Et c’est là, nichée entre deux branches qu’elle eut l’idée. L’idée un peu folle que le cerisier qui était si plein de vie pouvait peut-être en transmettre un peu à son arbre,  qui semblait endormi pour toujours. Elle s’allongea alors doucement sur la branche la plus proche de son arbre, et en tendant la main, leva doucement la branche du cerisier et l’amena à toucher une des branches les plus basses de son arbre.

Et là, alors que la fleur de cerisier effleurait l’arbre d’argent, elle vit un phénomène extraordinaire. La pellicule glacée qui recouvrait l’arbre commença à se rétracter et à s’enrouler sur elle même. Elle s’enroula et s’enroula, comme un gant que l’on retire, jusqu’à ce qu’il ne reste, sur la plus haute branche de l’arbre, qu’une grosse boule qui se transforma en papillon.

Chih-Nii, dégringolant à toute allure du cerisier et courant retrouver SON arbre, eut juste le temps d’apercevoir le papillon lumineux prendre son envol et rejoindre la lune dans laquelle il disparut.

 

 

 

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