Le temps du rêve

Au pays des kangourous et des aborigènes, au début du monde, lorsque la terre cherchait encore la forme que nous lui connaissons maintenant, les génies de l’eau, de la terre et du feu se réunirent pour fêter la naissance de ce nouveau continent. Le génie du feu était heureux car partout la terre était rouge, sa couleur préférée. Le génie de l’eau était heureux car cette nouvelle terre était une immense île et le génie de l’air était heureux car il pouvait jouer de l’air chaud et sec sur les déserts, de l’air froid et humide sur les marais et s’amuser à jouer toute sortes de variations suivant les régions.
Au cours de cette fête, les trois génies baptisèrent cette nouvelle terre en lui offrant chacun un cadeau. Le génie du feu offrit la chaleur, source de vie. Le génie de l’eau offrit les rivières dans les déserts, source de vie. Le génie de l’air réfléchit un moment, et décida d’offrir un cadeau spécial aux hommes qui commençaient à peupler ce monde, il offrit le temps du rêve.
Le temps du rêve était un cadeau précieux, la possibilité pour les hommes de communiquer avec les génies et de comprendre le lien qui existait entre chaque créature vivante.

Dans un village de pêcheurs, sur la côte, une petite fille se promenait sur la plage et observait la marche des crabes. Cette petite fille se nommait Ularu, elle était seule comme souvent. Elle était seule car, si les autres la respectaient, ils ne la comprenaient pas. Parmi tous les habitants du village elle était celle qui entrait le plus souvent dans le temps du rêve. Elle pouvait y passer des journées entières, sans avoir besoin de boire la potion que préparait le sage pour les cérémonies.
Lorsqu’elle revenait de ces voyages intérieurs, elle racontait des histoires magiques. Des histoires de passé peuplé de gigantesques créatures ou des histoires de futur dans lequel les hommes auraient perdu leurs couleurs, le don de sentir le lien avec les animaux et seraient enfermés dans de très hautes grottes parfois biscornues.
Ularu aimait le temps du rêve, elle aimait particulièrement le génie de l’air qui l’emmenait en voyage et lui témoignait une réelle tendresse. Alors, elle n’avait qu’une envie, repartir dans le temps du rêve. Et c’était très facile pour elle, il lui suffisait d’observer intensément n’importe quel être vivant, une souris-kangourou, un arbre ou un crabe.

Un jour, le chef du village vint lui parler, accompagné de sa mère et de son père. Il lui dit :
« Ularu, nous avons besoin de ton aide. Les pêcheurs ne rapportent presque plus rien. Les poissons sont en train de disparaître. Que devons nous faire ?»
Ularu était étonnée, elle n’était qu’une petite fille. Mais le chef insista. Pour une raison inconnue le sage n’arrivait plus à atteindre le temps du rêve et, sans poissons, le village allait à la famine. Elle était leur seul espoir.
Ularu repartit donc et demanda de l’aide au génie de l’air. Celui-ci lui répondit qu’une histoire de poissons était plutôt du domaine du génie de l’eau. Ensemble ils partirent à sa recherche, ils firent le tour de l’immense île, portés par un nuage. En chemin ils rencontrèrent le génie du feu, occupé à créer une montagne de terre rouge pour en faire un site sacré. Il n’avait pas de temps à leur consacrer et encore moins pour une histoire de poissons, ces animaux inutiles qui ne connaissaient même pas la beauté du feu. « Quel grognon ! » dit le génie de l’air en faisant en clin d’œil à Ularu. Et ils continuèrent leur recherche. Ils visitèrent tous les cours d’eau et Ularu était bien contente d’être sur son nuage lorsqu’ils survolaient les crocodiles. Mais ils avaient beau chercher, le génie de l’eau n’était nulle part. Le génie de l’air commença à s’inquiéter, jamais le génie de l’eau n’avait disparu. Que se passait-il ?
Ils retournèrent près du génie du feu et le génie de l’air insista pour qu’ils en parlent au grand serpent arc-en-ciel. Lui savait toujours où étaient ses enfants. Ularu était abasourdie, les génies avaient un père, tout comme elle.
Les deux génies se placèrent en haut du site sacré que venait de finir le génie du feu, et le génie de l’air se mit à souffler dans une longue trompe en bois. Quelques instants plus tard apparaissait la créature la plus extraordinaire à laquelle Ularu eut jamais pu penser. Un serpent dragon aux couleurs irisées, se déplaçant avec une grâce infinie venait vers eux. Il se posa majestueusement et les observa avec douceur.
Ularu n’entendit rien de leur conversation, ils n’avaient pas besoin de mots pour se parler. « Viens » , lui dit soudain le génie de l’air, en s’installant sur le serpent arc-en-ciel. « Père nous emmène là où se trouve mon frère, il a besoin de notre aide. » Ularu hésita, apeurée. « Viens, il s’agit de ton village, de ta famille. Le génie du feu nous retrouvera dans un volcan sous-marin, il n’aime pas beaucoup l’eau. »
Ularu vécu alors une expérience magique. Accrochée aux ailes soyeuses, le souffle rassurant du génie de l’air dans ses cheveux, elle s’envola et, sans qu’elle s’en rendit compte, son rire s’envola avec elle. Un rire empli de bonheur et de liberté. Lorsque le serpent dragon plongea vers l’eau, le génie la rassura. « Ne t’inquiètes pas, je suis là. » Et Ularu s’aperçut qu’elle pouvait respirer sous la surface. Le serpent arc-en-ciel se déplaçait avec l’élégance d’une raie manta, aussi gracieux sous l’eau que dans les airs. En quelques coups d’ailes, ils se retrouvèrent au plus profond et le serpent s’arrêta près de ce qui semblait être un puits. Le génie de l’air expliqua à Ularu qu’il s’agissait d’un volcan sous marin et que le génie de l’eau était coincé à l’intérieur. Le génie du feu allait le faire sortir.dans un jet de lave et lui-même le génie de l’air accélèrerait le refroidissement, puis ce serait à elle de jouer. A elle ?? Mais que pouvait-elle faire ?? « Je t’expliquerai au moment voulu. » Elle sentit alors le sol trembler et vit un geyser de lave s’élancer et se transformer immédiatement en roche sous l’action de l’eau et de l’air frais que soufflait le génie. Lorsque tout fut terminé, ne restait qu’un amas de roche noire et une vieille lampe.
« C’est à toi maintenant”
“Frotte la lampe et libère mon frère. Ainsi les poissons reviendront. Il s’agit d’un vieux sortilège venu d’un autre monde, qui asservit les génies aux hommes.  Seul un être humain peut le libérer. »
Ularu descendit du dos du serpent arc-en-ciel et pris la lampe dans ses mains. Elle était encore chaude mais pas brûlante. Elle la frotta et vit le génie de l’eau en sortir comme une fumée tourbillonnante, mais une petite partie de lui restait accroché à la lampe. Elle regarda le génie de l’air qui hocha la tête.
« Je te libère » dit-elle. Aussitôt le génie de l’eau reprit complètement sa forme et la remercia.
Ensemble ils repartirent pour le site sacré. Le génie de l’eau promit du poisson en abondance pour son village en reconnaissance pour son aide.
Le génie de l’air, au moment de lui dire au revoir prit un air grave.
« Tu es resté bien trop longtemps avec nous. Ton corps n’a pas reçu la nourriture et les soins dont il a besoin. Tu dois t’occuper de lui. Dorénavant tu ne pourras nous rejoindre qu’une fois par an. Profite de ce temps parmi les tiens et sois heureuse. »

Lorsqu’ Ularu se réveilla du temps du rêve, elle fut fêtée comme un héros car les poissons étaient revenus. Elle mit un peu de temps à se remettre physiquement et durant sa convalescence tous les enfants du village venait la voir pour jouer avec elle. Elle ne fut plus jamais seule.

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