Le roi et la belle

Il était une fois, un pays de neige et de glace sur lequel régnait un roi plein de sagesse, Ce roi ressemblait à ce à quoi doit ressembler un roi qui se respecte. Il état grand et fort quoi qu’un peu vouté par l’âge, il possédait un visage harmonieux et serein orné d’une barbe grisonnante. Lorsqu’il se présentait à son peuple, lors de cérémonies officielles, il portait une couronne et un sceptre blancs qui s’illuminaient de couleurs chatoyantes lorsqu’il parlait.

Le pays regorgeait de richesses, des gisements de diamants aussi scintillants que le givre au petit matin, des forêts de hêtres élancés, des troupeaux de rennes et d’orignal qui permettaient aux habitants de ce pays de vivre en paix et en harmonie. Tous les jours le roi se promenait dans la ville et dans les campagnes alentours. Il écoutait les doléances, proposait des solutions et, si nécessaire, rendait la justice. Le roi était fier de son pays et considérait qu’il était au service de son peuple. Il était accompagné dans sa tâche par la magicienne Katioshka, la plus grande et la plus belle des magiciennes ayant jamais vécu. C’était Katioshka qui avait enchanté la couronne et le sceptre du roi, leur donnant cette luminescence au couleurs bleues, vertes et violettes. Le roi était aimé et respecté par tous et toutes. Enfin presque tous et toutes.

Il y avait en ville une femme d’une grande beauté, Vala, aux longs cheveux si blonds qu’ils semblaient presque blancs, aux yeux d’un bleu si profond qu’on dit qu’un jeune homme en avait été hypnotisé et ne s’était jamais réveillé. Vala adorait être l’objet des regards et des conversations, elle ne vivait que pour cela. Elle était très riche et dépensait effrontément son argent en fourrures, bijoux, soins et tout ce qui pouvait rehausser sa beauté naturelle. Et Vala n’aimait pas le roi. Au début ce ne fut qu’un léger agacement, puis elle s’aperçut qu’à chaque fois que l’on prononçait le nom du roi elle avait un pincement au cœur. Elle s’interrogea, le roi ne lui avait rien fait et les quelques fois où il lui adressait la parole, il était courtois. Elle décida d’observer le roi pour comprendre et pendant plusieurs jours le suivit autant que possible. Non décidément le roi n’était que sagesse et bonté, elle n’avait objectivement aucune raison d’en être jalouse. Et pourtant, c’était bien la morsure de la jalousie qu’elle ressentait.
Elle était belle, jeune, riche, adulée pour sa beauté, elle ne pouvait pas être jalouse d’un homme qui allait vers la fin de sa vie, même s’il était le roi.
Si Vala avait observé et écouté son propre cœur, elle se serait rendue compte que ce qu’elle ne supportait pas chez le roi c’était qu’il se sentait utile et que cela l’emplissait d’une telle sensation de plénitude qu’elle transparaissait dans tous ses gestes.
Mais Vala ne savait pas écouter son cœur, personne ne le lui avait appris. Elle chercha donc une autre explication et la trouva le jour de la fête de l’hiver.

Ce jour là, le roi revêtait son beau manteau de fourrure de renne brodé de diamants, ceignait sa couronne et sur son trône de hêtre, prononçait un discours qui célébrait l’hiver. Alors qu’il parlait, la couronne et le sceptre diffusait cette magnifique lumière colorée qui réjouissait ceux qui la voyait. En assistant à cela, Vala cru comprendre le motif de sa jalousie. Elle était la représentante de la beauté, cette lumière devait lui revenir à elle et non au roi. Elle s’imaginait déjà arborant un collier ou une broche qui s’illuminerait ainsi et la parerait de tels reflets qu’elle serait définitivement la plus belle femme du monde.

Elle décida d’agir et demanda à rencontrer Katioshka. Elle pensait qu’en lui proposant suffisamment d’argent Katioshka accepterait d’enchanter ses bijoux de la même manière qu’elle avait enchanté la couronne et le sceptre. Mais Katioshka refusa, elle expliqua à Vala que ce qu’elle avait fait était pour offrir de la beauté à tous et non à une seule. Vala insista tellement que cela fit réfléchir Katioshka qui s’en ouvrit au roi. En voulant bien faire, ils avaient créé la jalousie dans le cœur de Vala. En créant des objets aussi beaux, ils créaient aussi l’envie de les posséder, chez Vala et peut-être chez d’autres. Ils réfléchirent longtemps, très longtemps avant d’avoir une idée un peu folle..
S’ils voulaient continuer à offrir cette beauté au monde, il y avait une solution : libérer la lumière, l’affranchir des objets.
Cela prit beaucoup de temps et d’énergie à Katioshka pour mettre leur projet en œuvre. Elle demanda à Vala de venir travailler avec elle sur la lumière et celle-ci accepta, en pensant qu’elle pourrait ainsi enchanter elle-même ses bijoux. Mais au fil des mois, en accompagnant Katioshka dans ses travaux quotidiens, elle prit plaisir à se sentir utile aux autres et à apprendre. Un jour, en apercevant le roi elle comprit qu’elle n’était plus jalouse.
Ce fut elle qui vit la première fois la lumière s’élever dans le ciel.
Et aujourd’hui encore, alors que ce royaume a disparu depuis des lustres, lorsque vient le temps des cérémonies officielles, la lumière créée par Katioshka pour son roi si sage, apparaît dans les pays de neige et de glace pour enchanter ceux qui ont la chance de la voir. Certains nomment ce phénomène aurore boréale

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